« Illimité » est l'argument le plus mis en avant par les offres de VPN gratuit pour Windows, et l'un des plus trompeurs. Un service qui transporte de la donnée sans en facturer une seule ligne doit couvrir ce coût ailleurs, et la façon dont il le fait est exactement ce que le mot « illimité » ne dit pas.
Acheminer du trafic coûte de l'argent en continu : location ou possession de serveurs, bande passante, accords de transit avec les opérateurs, blocs d'adresses IP, ingénierie pour maintenir le réseau. Un utilisateur qui fait passer plusieurs centaines de gigaoctets par mois représente une dépense réelle pour le fournisseur, chaque mois. Un service qui offre un volume illimité sans rien facturer récupère donc cette dépense d'une autre manière.
La publicité et la mesure d'audience intégrées à l'application, avec la collecte d'identifiants et de données d'usage qui les accompagne. La revente de la bande passante des utilisateurs : le PC devient un relais de sortie pour le trafic d'autres personnes ou d'entreprises clientes d'un réseau de proxys résidentiels, ce qui associe votre adresse IP à des activités que vous n'avez pas menées. L'exploitation des données de connexion, revendues à des courtiers ou valorisées en interne. Le produit d'appel d'un abonnement payant — auquel cas la version gratuite n'est justement pas illimitée. Ou une subvention, par une organisation identifiable. Une version d'appel bridée et un service qui revend votre trafic portent le même nom.
Pour situer un plafond, voici des ordres de grandeur. La navigation web et la messagerie consomment de l'ordre de quelques centaines de mégaoctets par heure. Un appel visioconférence, environ un gigaoctet par heure. Le streaming vidéo en définition standard, à peu près un gigaoctet par heure ; en haute définition, deux à trois. Le téléchargement de mises à jour système ou de jeux se compte en dizaines de gigaoctets. Sur cette base, un plafond gratuit de deux à dix gigaoctets par mois couvre un usage de sécurité ponctuel — se connecter sur un réseau public, consulter des comptes sensibles — mais pas un usage permanent ni le divertissement. C'est précisément ce vide que l'argument « illimité » cherche à combler, en escamotant la question de son financement.
Le modèle le plus problématique consiste à transformer le PC de l'utilisateur en point de sortie pour le trafic d'autrui. Un cas très médiatisé en 2015 a révélé qu'un fournisseur grand public alimentait ainsi, avec la bande passante de ses utilisateurs gratuits, un service commercial de proxys résidentiels vendu à des entreprises. Les conséquences pour l'utilisateur sont concrètes : des requêtes qu'il n'a pas émises ressortent avec son adresse IP, ce qui peut l'associer à des activités inconnues ; sa bande passante et, sur une connexion mesurée, son forfait sont consommés par des tiers ; et son adresse peut se retrouver sur des listes de blocage à cause du comportement de ces tiers. Ce modèle se repère aux mentions de « réseau communautaire », de « partage de ressources » ou de « pair-à-pair » dans les conditions d'utilisation.
Même quand le volume de données est réellement sans plafond, d'autres limites subsistent souvent : le débit est bridé, le nombre de serveurs et de pays est réduit, la durée d'une session est limitée, le nombre d'appareils est fixé à un. Il faut lire ce que « illimité » qualifie exactement dans l'offre : les données, oui, mais rarement le reste.
Quatre sources se recoupent. La politique de confidentialité : les sections « partage avec des tiers » et « finalités », en se méfiant des formulations vagues. Le pays et le propriétaire réel de la société éditrice, une structure opaque étant un signal en soi. Les kits logiciels tiers intégrés à l'application, que des outils d'analyse permettent de lister. Et les conditions d'utilisation : des termes comme « réseau communautaire », « pair-à-pair » ou « partage de ressources » indiquent que votre connexion sert à d'autres.
Quand l'illimité gratuit est financé par la publicité, deux formes coexistent. La publicité affichée dans la fenêtre de l'application, gênante mais visible, est le cas le moins problématique. Plus discutable est la collecte qui l'accompagne pour cibler les annonces : identifiant d'appareil, données de session, parfois liste des domaines visités, transmis à des régies tierces intégrées à l'application. Une application VPN qui embarque un kit publicitaire tiers fait entrer cet acteur dans la chaîne, avec ses propres pratiques. La publicité contextuelle simple est tolérable ; la publicité ciblée adossée à un profil de navigation contredit l'objet même d'un VPN.
Il en existe. L'offre gratuite d'un fournisseur payant qui a fait auditer sa politique de non-journalisation par un tiers, et qui est transparent sur ce qui est bridé sur le niveau gratuit. Ou un service financé par une fondation ou une organisation de défense des libertés numériques, dont la gouvernance et le financement sont publics. Dans ces cas, l'incitation du fournisseur n'est pas de monétiser votre trafic, et l'illimité gratuit est un vrai service rendu, avec des contreparties assumées sur le débit et les serveurs.
Quand une offre gratuite annonce un débit sans limite, cela signifie généralement qu'aucun bridage volontaire n'est appliqué — mais pas que le débit sera bon. Les serveurs ouverts aux comptes gratuits sont sur-souscrits, et la priorité de trafic va aux clients payants aux heures chargées. Le résultat pratique est une latence élevée et un débit qui s'effondre en soirée. Pour un usage de sécurité, ce n'est pas rédhibitoire ; pour du streaming ou de la visioconférence, ça l'est souvent, « illimité » ou pas.
Les pages produit mettent en avant des chiffres impressionnants — nombre total de serveurs, de pays, débit théorique — qui ne concernent pas forcément le niveau gratuit. Les questions à isoler : le volume de données du compte gratuit est-il réellement sans plafond, ou seulement « généreux » ; combien d'emplacements sont ouverts au gratuit ; quels protocoles y sont disponibles ; l'interrupteur d'arrêt est-il inclus ; combien d'appareils simultanés. Si une réponse n'est donnée que pour l'offre payante, considérez qu'elle ne s'applique pas au gratuit.
Deux effets concrets à surveiller. Un service qui transforme le PC en relais consomme la bande passante de votre connexion pour le trafic d'autrui, ce qui peut ralentir l'ensemble du foyer et faire grimper la consommation sur une connexion limitée. Un service financé par la publicité injecte parfois des scripts dans les pages web que vous consultez. L'activité réseau et l'usage processeur du service VPN se vérifient dans le Gestionnaire des tâches de Windows, onglet Détails ou Performances : une consommation qui continue alors que vous n'utilisez pas Internet est un mauvais signe.
Un VPN « illimité gratuit » n'est pas sans contrepartie : le coût est reporté sur la publicité, la bande passante des utilisateurs, les données ou un financement externe. Les seules offres illimitées gratuites fiables viennent d'éditeurs audités ou d'organisations identifiables. Vérifiez ce que « illimité » qualifie vraiment, et croisez avec la question du compte : voir VPN gratuit sans inscription, et la méthode générale.